Encore une journée à la con (1)

Encore une journée à la con (1)
# Posté le jeudi 10 avril 2008 15:03

Encore une journée à la con (2)

Encore une journée à la con (2)
# Posté le jeudi 10 avril 2008 15:02

Encore une journée à la con (3)

Encore une journée à la con (3)
# Posté le jeudi 10 avril 2008 15:01

Encore une journée à la con (4)

Encore une journée à la con (4)
Torticolis power
# Posté le jeudi 10 avril 2008 15:00

Petite fin ou petite faim ?

Petite fin ou petite faim ?
Bon et bien, pour ceux qui auront le courage de lire ma nouvelle jusqu'au bout et n'hesitez pas a me dire ce que vous en pensez...

La photo est une sculpture de Duane Hanson, eh oui, il ne s'agit pas d'une vraie gram's mais d'un model en résine ! Si vous aimez bien l'art et les trucs ki en bouche un coin, tapez son nom sur Internet !



Le voile velouté de La Lune dévorait Soleil avec un appétit presque lubrique depuis la nuit des temps, ces deux astres batifolaient joyeusement ensemble, ne se lassant jamais de jouer au chat et à la souris, et parfois même, ils s'échangeaient un baiser furtif, ne se souciant guère de l'évanouissement morbide de La Terre...
Sur un balcon de tout ce qu'il y a de plu
s commun, une silhouette se détachait du paysage. A y regarder de plus prés, il s'agissait d'une forme raidie et déformée par des siècles de mésaventures. Une épaisse fumée sortie de ses entrailles découpa l'obscurité, Roseta fumait sa dix huitième cigarette de la journée. Elle regarda une dernière fois le ciel et rentra dans son petit HLM.

Roseta avait coquettem
ent arrangé son intérieur, respectant scrupuleusement le code de la grand-maman « bien comme y faut » : des meubles en bois de marronniers, sculptés par les plus talentueux ébénistes, une tapisserie brodée de fleurs, une collection de canard en bois, un canapé recouvert d'un plaid jaune tricoté par ses soins, une horloge égrenant son tic-tac habituel. Elle exécrait cette petite mort qu'il avait soigneusement tissée tout autour de sa personne. Mais il fallait s'y contraindre et vivre cette vie dont elle avait parfois rêvé : être comme les autres, respectable, aimé, enfin considéré aux yeux de la société.

Quelques mois auparavant, lor
s de son arrivée à La Mare aux Biches, le boulanger l'avait convié à une petite « party » ou tous les anciens de la ville s'étaient réunis. La vielle dame avait alors sorti sa plus belle toilette pour l'occasion : une robe rouge à pois blancs se mariant à ravir avec son teint ébène, assortie à une jolie pelisse du même ton. Les scrabbles, les discutions interminables à propos du bon vieux temps, de leur peur d'enfant, de la forêt lorsqu'il fallait aller chercher du petit bois, des fantômes et des loups, les éclats de rire provoqués par les jeunes et leurs extravagances, tout cela l'avait beaucoup amusée, attendrie et même attristée. Ce soir-là, Roseta était rentré chez elle la tête pleine d'étoiles et s'était promise de tout faire pour s'installer dans cette petite société de retraités.

La viel
le dame ne s'était pas rendu compte que du jour au lendemain, sa place était faite au sein de cette petite société. Oui, maintenant Roseta ne passait plus son temps à scruter l'obscurité du ciel, mais bien à la scruter chez les autres. Ces vielles femmes que les rides profondes rendent respectables passaient leur journée à commérer sur la première tête venue. Leur âge leur avaient-il conféré une sorte de droit absolu ? Ces prêtresses aux bas rêches et tombants s'invitaient de plus en plus fréquemment chez Roseta. Elle ne leur offrait jamais une goutte de thé, et si par malheur, elle avait dû sortir cette mixture ambrée de son placard, elle n'aurait put s'empêcher de leur proposer un morceau de galette au beurre. Un frisson la parcourait des pieds à la tête lorsque cette idée traversait son esprit.
Oui, c'é
tait toujours un plaisir pour la vielle dame d'accueillir ses nouvelles amies .Comme je vous le disais, Roseta avait adopté l'attitude de la parfaite grand-mère. Elle avait eu des enfants, mais tous avaient disparu mystérieusement. Néanmoins, elle faisait tout comme... Ses amies avaient transformé sa vie et surtout son intérieur ...

Mais maintenant, tout cela
n'avait plus de sens, elle était fatiguée du ronron monotone de ces conversations. Parfois, Roseta faisait un cauchemar, toujours le même. Elle finissait son existence, moribonde, affamée, se nourrissant de suppositoires, de sirop pour la toux, d'onguents, de pilules multicolores, et ses chairs devenaient putrides et elle se réveillait tout ébouriffé avec, dans les narines, des relents de soupes au poireau.
Comme chaqu
e mardi, mercredi, jeudi et vendredi, Marise, Clothilde et Virginia sonnèrent chez Roseta. Elle ouvrit, les installa sur le canapé aux mailles jaune moutarde. Elles se mirent à discuter toutes les quatre de choses et d'autres, du décès de cette pauvre Irma, et de ce brave monsieur Pandério, encore victime d'un infarctus, et de leur peur d'Elsheimer et de tous leurs petits maux continuels. Virginia, la femme de l'ancien boucher, demanda :


-« Rosy, chérie, peux-tu no
us préparer un thé ? J'ai affreusement soif, pas vous les filles ? » Elle finit sa phrase par un petit rire aigu. Roseta ne répondit pas tout de suite, puis rétorqua :
-« Je vais vous chercher de l'eau, c'est
bon pour la circulation. »

Elle quitta la pièce sans
attendre de réponse, mais, derrière la porte, elle écouta les réactions de ses invitées. Un petit silence, puis elle entendit un chuchotement à peine perceptible : « Je vous l'avais dit... Avare comme un pou.... De l'eau.... Franchement... Pour qui elle nous prend ? Alors qu'on lui fait le grâce de notre présence ! »

Abattu, Roseta prépara quatre tasses de thé f
umant. Dans la petite cuisine, ses mains se crispèrent sur le plateau à fleurs, ses yeux joliment teinté de marron se rétractèrent jusqu'à devenir de minuscule fentes dans leurs orbites. Son corps était parcouru de soubresauts convulsifs. Elle hésita encore, puis haussa les épaules et sortit, du fond de son placard, emballé dans un très vieux torchon, une très jolie assiette, mais poussiéreuse et dans laquelle grouillaient toute une colonie de vers atroces. Elle soupira et tapa sur le rebord de l'assiette .
Marise Le
Martin, Clothilde Pormoignon et Virginia Brillait ne remarquèrent rien de changé chez Roseta, ni sa contrariété ni sa nervosité, trop occupées à s'extasier sur la finesse de la jolie assiette, emplie d'appétissants cookies, qu'avait posée leur hôte sur la table. Elles dévorèrent les gâteaux et se jetèrent sur le thé fumant. L'odeur douce et mielleuse des trois grands mères se répandait dans la pièce et se mariait à ravir avec l'odeur sucré des pâtisseries, et chaque bouchée qu'elles engloutissaient avec bonheur ne faisait qu'attiser la convoitise de Roseta. La discussion devint plus tendue et les blancs un peu lourds. Alors que Clothilde allait encore une fois ouvrir la bouche pour complimenter Roseta, celle ci se jeta sur la vielle dame et la goba comme un fruit sec. Les deux autres connurent le même sort. Dans un mélange de plaisir assouvie et de remords, le loup traina son gros ventre velu jusqu'au balcon, s'alluma une cigarette et se lissa la queue en sifflotant.
Au même mo
ment, dans les hautes sphères :


« Patron, le lo
up a encore rechuté.
-Combien de victimes ?
- Troi
s, patron... Je fais quoi du coup ?
- Bon et bien
, comme d'habitude, vous appelez une équipe de nettoyage, vous lui videz le ventre, vous remettez les victimes chez elles : infarctus. Quant au loup, vous le remontez dans les bureaux, on va le reprogrammer.
-Patron, euh...
-Quoi ? Ha oui, j'oublia
is, allez me chercher Perrault ! »


Marise, Clot
hilde et Virginia avaient fait une erreur de jugement. Elles avaient pensé que le péché de Roseta était l'avarice. Elles étaient loin, très loin de la vérité. Parler de thé et de gâteaux rappelait tant de souvenirs à Roseta que ça lui faisait perdre la tête. Roseta était tout simplement gourmande.
# Posté le mercredi 09 avril 2008 15:33