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Née pour etre libre (KrOnIkE nUmErO 1)

Née pour etre libre (KrOnIkE nUmErO 1)
Les paupières encore embuées par mes songes, je me lève et me dirige vers le salon. Je vois ma mère occupée à remplir une grande valise marron. En vrac, elle dépose des pulls, des tee-shirts, des pantalons et aussi mes robes anglaises. Je ne comprend pas pourquoi elle fait ça, on doit partir quelque part peut être ? Et son mariage ? Et ma chambre ?

Je sais déjà que
je vais regretter les jolies poignées de portes dorées qu'elle a peintes quatre mois auparavant.


L'appartement sent enc
ore la peinture fraiche, mais pas seulement. Il transpire la petite fille que je voudrais être.
Da
ns un élan d'espérance, j'avais accroché des images de lions et de zèbres aux murs, ma mère avait retourné un carton en guise de bureau. J'étais contente, c'était la première fois que je pouvais faire venir mes copines chez moi...

Et puis
"ploc", la bulle de savon éclate irrémédiablement, vouée à ne plus exister, quoiqu'on y fasse..

-Tu va
s ou Maman ?
-Je
m'en vais. Tu viens avec moi ou tu restes ?
-...

A l'époque, je n'ai pas su quoi répondre, j'ai juste ressentie une grosse boule dans la gorge qui m'a empechée de parler...

"Rester avec ce gros bâtard de Yvon, qui me fait payer mes grenadine dans son café miteux, alors qu'il te supplie de ne pas le jeter, qu'il te chante "Ne me quitte pas", et qu'il dort sur notre paillasson. Jamais de la vie !"

A sept ans, j
e n'ai pas su quoi répondre, j'ai juste pleuré. Mon appartement, ma chambre, mon lit. La compensation dans tout ça, c'est que j'étais convaincue de ne plus jamais voir monsieur Pathétique. Et dire que les faire-parts dormaient sagement sous le lit, qu'il avait failli être mon beau père, et que j'avais failli avoir une petite sœur. Le plus, c'est qu'elle aurait été forcement plus moche que moi, vu la tête que se payait Yves.


-Fa
is pas cette tête ma chérie, promis, j't'emmène dans ma valise !
-
Et Yvon alors ? On le laisse tout seul ?

Avec s
a façon de tout relativiser, mare me sort un truc du genre: "Qu'il aille squatter un autre paillasson!".


Le j
our se levait à peine sur Arles. Alors que le moteur démarrait, sans le savoir, je disais au revoir à cette ville que j'aimais tant. A ces montagnes aux parures multiples, qui s'habillaient de manteaux sombres l'hiver,et qui se couvraient de fleurs jaunes l'été. A l'eau qui glissait frénétiquement le long des trottoirs quand il pleuvait trop.
A ces vi
elles pierres, au lac l'été, aux vieilles dames qui passaient leur journée devant leur portes, aux grillons...

Je m'
endormais sagement dans la voiture, sans vraiment savoir ou nous allions....


C
e beau jour de mars, l'ex futur marié ne trouva personne chez lui. L'appartement étaient en ordre, rien n'avait changé. C'est un peu plus tard dans la journée qu'il se rendit compte de la disparition de la fameuse valise marron... La compensation dans tout ça, c'est qu'il restait encore les poignées de portes dorées...

# Posté le samedi 03 mai 2008 20:31

Modifié le jeudi 08 mai 2008 05:33

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